L’hiver : saison du feu, saison du conte

L’hiver : saison du feu, saison du conte

Parmi toutes les choses que l’on associe à l’hiver, le froid et l’obscurité sont deux éléments récurrents. En réponse à ce climat peu favorable, le feu est devenu un objet de convoitise susceptible de réchauffer les corps et d’éclairer la nuit. Dans son essai Les délices du feu : l’homme, le chaud et le froid à l’époque moderne, l’historien Olivier Jandot enquête sur la relation entre les individus et la chaleur en France au XVIIIe siècle. Si le sujet peut apparaitre insolite, il n’en est pas moins une somme éclairante sur les comportements des générations passées.

Le « feu » est compris ici comme un synonyme de foyer ou de cheminée; l’enquête de Jandot s’intéresse surtout à la période précédant l’apparition du poêle comme on le connait au siècle suivant. Deux aspects sont particulièrement intéressants. D’abord, le feu apparait comme un « pôle magnétique »; il attire autour de lui les gens sans grands efforts : les individus en quête de chaleur et de lumière viennent à son contact. Cette attraction est d’autant plus forte que la cheminée est souvent la seule source de chaleur de l’habitation à l’époque, et ce à travers toutes les classes sociales.  

Ensuite, le feu est considéré comme un lieu de sociabilité. La proximité avec la cheminée, avant toute chose à des fins utilitaires, créer une occasion de rencontres « forcées » entre les individus. Si cet aspect semble banal au sein d’une habitation familiale, elle prend un autre sens dans un espace public, par exemple à l’auberge. Ce moment de promiscuité devient propice à la réalisation d’activités collectives : on exécute de menues tâches; on échange des nouvelles; on peut même aller jusqu’à favoriser une union entre deux jeunes gens.

La soirée passée autour du feu est propice à un type d’activités en particulier : les contes et les légendes. L’historien Michel Vernus, dans son livre La veillée, découverte d’une tradition, souligne cet aspect incontournable favorisé par l’importance du feu durant les longs mois d’hiver. Durant la saison où les activités domestiques et agricoles sont les plus réduites, les gens ressentent le besoin de se divertir. Raconter des histoires est alors une façon simple et accessible de répondre à ce besoin, d’autant plus facilité par la proximité des personnes autour du feu.  Ainsi, loin de se cantonner à ses caractéristiques purement utilitaires – la chaleur et la lumière –, le foyer a joué un rôle précieux dans la pérennité, et pourquoi pas la création, des récits folkloriques que l’on connait.

Même si les études citées s’intéressent au territoire de la France, on peut raisonnablement penser que les conditions climatiques de l’Amérique du Nord et les techniques héritées de la civilisation européenne ont permis des comportements comparables au sein de la population de la vallée du Saint-Laurent. Malgré tout ce que l’on peut pester contre elle, l’hiver a eu des impacts culturels non négligeables sur le folklore canadien-français.     

Sources

Olivier Jandot, Les délices du feu : l’homme, le chaud et le froid à l’époque moderne, Champ Vallon, 2017.

Michel Vernus, La veillée, découverte d’une tradition, édition Cabédita, 2004.

 

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