[Terroirs légendaires] La Capitale-Nationale

Les légendes naissent de la rencontre entre les gens et leur environnement. Elles évoquent à la fois l’expérience du réel et l’aura du passé. Ces récits fortement ancrés dans la géographie viennent nourrir l’appartenance aux lieux, car loin du simple contact physique, les légendes sont des ponts permettant à l’esprit de se connecter au territoire.
Avec cette série d’articles, j’explore le folklore québécois à travers le prisme de ses régions. Les paysages de la vallée du Saint-Laurent cachent une riche tradition d’êtres surnaturels et de lieux empreints de mystères, lesquels ne manquent jamais l’occasion de faire écho à l’histoire locale. Pour chaque région, je présente trois récits légendaires et leurs sources.
Aujourd’hui : la Capitale-Nationale. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la région n’englobe pas uniquement la Ville de Québec, mais couvre un espace allant de Portneuf jusqu’à Charlevoix, sans oublier d’inclure la communauté autochtone de Wendake et l’île d’Orléans. Les légendes que l’on retrouve autour de la capitale sont fortement ancrées dans la tradition orale. Pour plusieurs, il s’avère impossible de retrouver une source originale.
1. Le Diable et le pont de Québec
On raconte que le pont de Québec aurait été finalisé grâce à l’intervention du Diable en personne. En effet, le chantier entourant la mise en place du pont a été ponctué par toute une série d’accidents et de catastrophes. Découragé, le contremaître reçut un jour la visite d’un étranger. L’individu venait lui proposer ses services pour compléter la structure, en échange de laquelle il exigeait l’âme de la première personne à mettre le pied sur le pont. Prêt à tout accepté, le contremaître acquiesça et l’inconnu se mit au travail, prétendant être un ingénieur aux ouvriers qu’il croisait. Le pont fut enfin complété. Le jour de son inauguration, le contremaître comprit qu’il avait eu affaire au Diable en la personne de ce mystérieux ingénieur. Pour sauver l’âme du premier visiteur voulant traverser le pont, il attrapa un chat noir qui passait par là et le balança sur le pont. L’animal disparu dans laisser de trace, probablement emporter en enfer par le Malin, berné par le contremaître.
La source de cette légende demeure nébuleuse. Pour en lire une version plus développée, on peut consulter cet article.
2. La Dame blanche de la chute Montmorency
Été 1759, en pleine guerre de Sept ans. Louis décide d’aller combattre l’envahisseur anglais au cours de la bataille de Beauport. Il laisse derrière lui Mathilde, sa fiancée. Malheureusement pour le couple, Louis périra lors de l’affrontement. Le cœur brisé, la jeune femme revêt sa robe de mariée avant de se précipiter dans les flots de la chute Montmorency. Depuis, elle apparaitrait, toute de blanc vêtu, à l’occasion aux vivants suffisamment téméraires pour roder dans les environs une fois la nuit venue.
Sur le site de la ville de Québec, on apprend une information complémentaire à cette histoire : « On dit aussi que son voile de mariée, emporté par le vent, se serait déposé sur les rochers pour former, ici même, une nouvelle cascade : la Dame blanche, appelée aussi le Voile de la mariée ou la Petite Chute. »
3. La mystérieuse île d’Orléans
Dans son roman Les anciens Canadiens (1863), Philippe Aubert de Gaspé père évoque plusieurs histoires en lien avec le folklore de la Capitale-Nationale. Dans l’une d’elles, il décrit le terrifiant spectacle auquel aurait assisté le père de l’un de ses personnages en posant les yeux en direction de l’île d’Orléans en pleine nuit :
« Il lui sembla cependant tout à coup que l’île d’Orléans était tout en feu. Il saute un fossé, s’accote sur une clôture, ouvre de grands yeux, regarde, regarde… Il vit à la fin que des flammes dansaient le long de la grève, comme si tous les fi-follets du Canada, les damnés, s’y fussent donné rendez-vous pour tenir leur sabbat. À force de regarder, ses yeux, qui étaient pas mal troublés, s’éclaircirent, et il vit un drôle de spectacle : c’était comme des manières d’hommes, une curieuse engeance tout de même. Ça avait bin une tête grosse comme un demi-minot, affublée d’un bonnet pointu d’une aune de long, puis des bras, des jambes, des pieds et des mains armées de griffes, mais point de corps pour la peine d’en parler. Ils avaient, sauf votre respect, mes messieurs, le califourchon fendu jusqu’aux oreilles. Ça n’avait presque pas de chair : c’était quasiment tout en os, comme des esquelettes. »
En effet, l’île a la réputation d’abriter sorciers et feux follets, rassemblés pour venir célébrer le sabbat en compagnie d’autres créatures des ténèbres. Il n’était pas rare jadis de les voir festoyer et préparer quelques maléfices tout au long des nuits de pleine lune.
Une réponse
Je me demande quel genre d’entités démoniaques se pointerait pour le Troisième lien….