[Herbier magique du Québec] 2. Les secrets de la Flore Laurentienne

[Herbier magique du Québec] 2. Les secrets de la Flore Laurentienne

La botanique doit beaucoup au frère Marie-Victorin. Né sous le nom de Conrad Kirouac en 1885, c’est à l’âge de 16 ans qu’il adopte celui de Marie-Victorin, au moment de faire son entrée au sein des Frères des écoles chrétiennes. Après son noviciat, il consacre son temps à l’éducation des garçons au primaire et au secondaire. À la même période, la tuberculose le cloue au lit, ce qui lui donne l’occasion de se familiariser avec la science des plantes. Cette première rencontre avec la botanique se fait à travers la lecture de la Flore canadienne de l’abbé Léon Provancher.   

L’étude de la flore va devenir une occupation centrale dans la vie du jeune religieux. Il passe quelques années à recenser plantes et arbres avant de publier un premier article scientifique en 1908 dans Le Naturaliste canadien, revue fondée par Provancher en 1868. Il accumule les publications savantes et va même jusqu’à soutenir sa thèse de doctorat en 1922, année où il deviendra professeur à l’Université de Montréal. Marie-Victorin s’attèle ensuite à créer une institution encore inédite au Québec : un jardin botanique. C’est en 1931 que ce projet verra le jour pour devenir le lieu emblématique qu’il est aujourd’hui. 

Marie-Victorin compte néanmoins une autre œuvre majeure à la longue liste de ses réalisations. En 1935, il publie la Flore laurentienne, une vaste somme de connaissances sur les espèces végétales de la vallée du Saint-Laurent. Réédité plusieurs fois, l’ouvrage est un pilier de la connaissance botanique au Québec.

Frère Marie-Victorin à son bureau, 1944. BAnQ numérique.

En rédigeant la Flore laurentienne, Marie-Victorin n’a pas seulement fait œuvre de botaniste, mais aussi de folkloriste. On retrouve effectivement dans son œuvre plusieurs mentions relevant de la croyance populaire. Par exemple, il cite les propriétés supposées du botryche lunaire :

L’apparence curieuse de cette plante circumboréale explique les propriétés magiques qu’on lui attribuait autrefois : elle ouvrait les serrures mêlées, guérissait les plaies ; les chevaux qui la foulaient perdaient leurs fers ; les alchimistes prétendaient par son moyen changer le mercure en argent, etc.

Il en va de même avec le rosier églantier, dont les branches ont une curieuse réaction :

Aussi bien ici qu’en Europe, la piqûre d’un insecte, Rhodites rosae, produit sur les branches cette curieuse galle moussue connue sous le nom de bédégar. Cette galle consiste en une agglomération de chambres larvaires couvertes de filaments qui donnent à l’ensemble l’apparence d’un paquet de mousse. Le bédégar a été fort employé dans la médecine populaire et on lui attribuait des propriétés magiques.

Si les contributions folkloriques de Marie-Victorin demeurent somme toute modestes, ce religieux-botaniste n’a pas manqué d’insuffler une dose de superstition populaire dans ses œuvres. Dans ses Croquis laurentiens (1920), il décrit les paysages rencontrés au cours de ses pérégrinations à travers la vallée du Saint-Laurent. Au chapitre, « La montagne de Beloeil », il aborde brièvement l’origine de la « Grotte des fées », endroit où sont réputées séjourner des créatures aux pouvoirs surnaturels :

S’il faut en croire certaines gens, l’endroit serait entré dans la légende à la suite d’un assez drôlatique histoire. La remontée du Richelieu par le premier vapeur fut, on le conçoit, un événement considérable pour les riverains. Mais il paraît que l’exploit n’alla pas sans un remarquable tapage de jets de vapeur et de sifflet, puisqu’un bûcheron, qui travaillait au pied de la montagne, entendant ce bruit étrange, multiplié par la répercussion des rochers, s’enfuit en hâte vers le village en répétant partout que des fées étaient sorties de la grotte et menaçaient de détruire le pays !

Malgré les apparences, le folklore réussit toujours à se creuser un chemin, même aux endroits où on l’attend le moins!

 

2 réponses

  1. Ariane dit :

    Vive les fées qui menacent de détruire le pays!

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